La recolonisation par les végétaux après une ère de glaciation

Le paléobotaniste Clement Reid s’est intéressé en 1899 à la recolonisation du nord du continent européen par certains végétaux à l’issue des dernières glaciations, il y a environ 11 000 ans. Pourtant, les premiers calculs, effectués au début des années 50 par Reid et confirmés par Skellam, trouvaient d’après les distances moyennes de dispersion des graines qu’il fallait environ un million d’années aux espèces pour repeupler le continent. Comment une recolonisation qui aurait dû prendre un million d’années, d’après les calculs, a-t-elle pu s’effectuer en seulement 11 000 ans ? Il s’agit là du paradoxe de Reid. Pour comprendre cela, Clark et ces collaborateurs ont remis en question en 1998 l’hypothèse de base des calculs de Reid. En admettant une probabilité non-nulle de dispersion à longue distance de certaines graines (suggérer donc que certaines graines puissent parfois se retrouver très loin de leur parent), ils ont trouvé que le modèle mathématique prédisait alors des vitesses d’expansion des espèces compatibles avec les observations réelles. Comme les phénomènes vivants ne sont jamais simples, il s’est avéré d’après les travaux de 2010 de L. Roques et co-auteurs qu’une autre hypothèse, suggérant l’existence de refuges ayant conservé ces graines plus au Nord que prévu, peut elle aussi expliquer la rapide recolonisation de la végétation. La réalité tient sans doute dans un mélange de ces deux phénomènes au moins : existence d’événements de dispersion à longue distance et existence de refuges cryptiques. Quel bel exemple où l’on peut voir l’importance que peuvent avoir les mathématiques pour améliorer notre compréhension de phénomènes dont il ne nous reste presque aucune trace.

 

Brève rédigée par : Lionel Roques (INRA) d’après les travaux de Roques, Hamel, Fayard, Fady et Klein.

Pour en savoir plus :  Lionel Roques, François Hamel, Julien Fayard, Bruno Fady and Etienne Klein, Recolonisation by diffusion can generate increasing rates of spread, Theoretical Population Biology, 2010.

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